Si seulement j’avais pu éviter l’école…

D’abord il y a eu le documentaire Être et devenir, visionné un soir, dans notre petit salon du Val’Heureux. Une grande bulle de liberté éclatée sur moi, imprimant toutes les cellules de mon corps. Et une grande résonance vis à vis de mon chemin de vie.

Dans le film Être et devenir, la réalisatrice, Clara Bellar, part à la rencontre de personnes ayant choisi de ne pas mettre leurs enfants à l’école. Et d’aller encore plus loin : de ne leur prodiguer aucune instruction. L’éducation est alors basée sur le libre développement de l’enfant, de son libre arbitre dans le choix des activités qu’il souhaite pratiquer, des apprentissages qu’il veut avoir, du chemin qu’il veut donner à sa vie.

Cela a touché quelque chose au plus profond de mon cœur. La croyance ancrée en moi que chacun, dès sa naissance, a un potentiel qu’il peut déployer de manière admirable. L’enfant, pourvu qu’on lui en laisse les moyens, peut créer ce qu’il souhaite, et prendre les rennes de sa vie pour aller vers ce qui le rend heureux. Pour qu’il prenne sa place dans le monde.

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Cela a fait écho en moi, car j’ai eu la chance, du CE1 au CM1, d’être scolarisée dans une école Montessori. [Avec la découverte aujourd’hui des écoles démocratiques, et de la déscolarisation ou « unschooling » je me rends compte que la pédagogie Montessori est encore une pédagogie, qui, d’une certaine façon, conditionne l’enfant.]

J’ai fait une école Montessori dont je garde un souvenir fabuleux. J’organisais des exposés à tout bout de champ, sur des sujets qui me plaisaient : les tigres, la forêt tropicale, et j’en passe… Pendant la récréation, qui durait deux heures, j’avais réuni des amies pour monter une pièce de théâtre. J’avais repris une pièce, dans un livre, nous nous étions entraînées, et j’avais fait la proposition à la directrice, de montrer notre pièce de théâtre lors de la fête de l’école. Ce que nous avions fait. Je me souviens aussi avoir récupéré un vieux livre d’anglais. Je m’amusais à dispenser des cours à mes amis, tout en apprenant moi aussi de nouveaux mots.

Je me souviens du plein potentiel que je mettais en branle pour inventer des chorégraphies sur des musiques, créer des pièces de théâtre, écrire à des correspondants partout dans le monde, créer mon propre journal. En feuilletant de vieux albums photos cela m’a sauté aux yeux…

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Et en CM2, j’ai rejoint l’école conventionnelle. Cela fut un vrai choc. Je n’étais pas bien reçue dans mon nouvel établissement, étant « étrangère » au village. Mais surtout, je rejoignais une classe dans laquelle je ne pouvais pas organiser mon emploi du temps comme je le faisais en CM1, je ne pouvais pas me déplacer librement, je devais suivre un cours, face à un prof. Ce fut un drame. Le drame a continué au collège, comme beaucoup d’enfants, je pense.

Le drame a continué pendant 8 ans jusqu’au bac.

Je suis restée une bonne élève, assez docile, qui ne faisait pas de vagues. Mais nombreuses sont les fois où je pleurais pour aller au collège, si bien que mes parents m’accompagnaient sur le chemin du bus pour faire passer la pilule. Au lycée, il fallait passer le bac, alors j’ai travaillé. Oh oui, certaines matières m’intéressaient. Mais en retrouvant aujourd’hui de vieux cahiers, j’ai l’impression d’avoir perdu tellement de temps à griffonner des choses qui ne m’intéressaient pas, et ne me serviront sans doute jamais. A côté, dans le 1/3 de temps de vie qu’il me restait, je faisais mes devoirs, et je continuais les activités que j’aimais tant : écrire à des correspondants ; participer au journal du collège ; faire de la danse ; du théâtre ; organiser un projet au Mali ; faire de la photo… que sais-je. Tout un tas de choses merveilleuses.

Mais pourquoi diable n’aurais-je pas pu passer 100% de mon temps à faire tout cela ???

Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir fait et de faire 100 000 détours pour trouver exactement ce à quoi je veux passer mon temps toute ma vie durant. J’ai l’impression peu à peu de revenir à l’essence de ce que je voulais être, mais que je dois passer par un certain nombre de « déconditionnements ».

Au Lycée, j’ai choisi la filière « S », pour « avoir plus de débouchées » et éventuellement rentrer dans une école d’ingénieurs. Dieu merci, je n’ai pas été prise, mes notes n’étaient pas suffisantes. J’ai donc rejoint, à ma grande joie, la faculté de sociologie.

Enlèvement d’une première couche : je pouvais étudier ce qui me plaisait !

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J’ai toujours aimé les langues, alors un jour j’ai essayé d’apprendre l’hindi avec une méthode trouvée sur Internet !

L’Université fut une grande bouffée d’oxygène. Je pouvais choisir mon emploi du temps, je pouvais faire autre chose que d’être toujours en cours puisque je n’en avais que 18 heures par semaine. Et les cours me plaisaient ! Quel bonheur ! J’ai ainsi pu développer mes compétences de présentatrice, animatrice, technicienne… à Radio Campus Rennes, et continuer beaucoup de projet… Après un détour par la Russie, j’ai décidé de faire un master de Management des Médias. Après un stage de 6 mois (certes très intéressant, dans une atmosphère agréable), mais dans un bureau, j’étais face à la réalité : je devais chercher du travail. Je me souviens des gros moments de déprime face à la rédaction d’un CV, à la consultation d’annonces sur Pôle Emploi. Répondre à des annonces, préparer un entretien etc. etc. Ahhhhh le cauchemar ! Ajouté à ma vie sentimentale brinquebalante, ce fut la dépression. Antidépresseurs, anxiolytiques. Petit boulot alimentaire.

Ce qui m’a sauvée fut l’audace de mon amie Kristell, de me proposer de faire un road-trip en Irlande. Je ne peux que la remercier d’avoir accepté ce challenge de partir en voyage avec une fille dépressive !!! Ce séjour m’a sauvée, et j’ai arrêté les antidépresseurs par moi-même, sans le dire au médecin. Une fois sur les routes, en stop, partant faire du couchsurfing, du wwoofing etc. je me suis sentie revivre. C’était ça la vie ! Rencontrer des gens, vivre dans des lieux merveilleux, mettre les mains à la terre. Je me suis remise à faire des reportages, ce qui m’a amené à écrire pour un magazine à mon retour.

La fac de Socio, c’était chouette. Mais cela restait globalement la même chose qu’à l’école : je prenais des informations, les apprenais et les recrachais sur la copie.

[Petit détour et pied de nez à l’école : Une des grandes découvertes que je fis en Sociologie fut la lecture de Bruno Latour, qui m’aura à jamais marquée ! Dans « La planète laboratoire », il y déclarait que la science, ou devrais-je dire, tout fait scientifique, n’est qu’un consensus entre scientifiques, à un moment T. Il n’y a alors pas de vérité absolue. Seulement des points de vue subjectifs sur une réalité. Alors cette école et ces apprentissages, quelle entourloupe !]

Revenons en à la fac : je n’avais à vrai dire que très peu de capacité créative quant à ce que je devais fournir comme travail. Ma capacité créative s’exprimait principalement en dehors de la fac, notamment quand je faisais de la radio, et exprimais mon point de vue sur le monde dans une émission sur la décroissance et les alternatives.

Et j’ai atterri dans une formation en documentaire.

J’enlève une seconde couche : je peux dire ce que je veux !

En arrivant au Créadoc d’Angoulême, le processus de formation s’est quelque peu inversé. Dans cette formation je pouvais exprimer ce que je pensais. Encore mieux : dans cette formation d’auteurs/réalisateurs de documentaire de création, nous devions affiner notre propos d’auteur ! Plonger au plus profond de ce qui nous animait pour être capable de défendre notre singularité. Puisque en tant qu’auteur, c’est notre singularité qui fait sens, et notre expérience. J’étais alors productrice de ma propre information. Je devais défendre mon point de vue et choisir le langage le plus approprié pour le faire.

J’enlevais donc une deuxième couche de conditionnement.

L’information est en moi : sur la voie du dépouillement total ?

Depuis cette formation, j’ai été amenée à faire un travail personnel pour plonger dans mes peurs et mes instabilités émotionnelles. Certaines de ces peurs sont certainement héritées, en partie, de mon parcours scolaire. Et je sens que je cherche toujours ce qui me fait vibrer au jour le jour. Je me sens proche de la réponse. Je ne suis même plus sûre que ce soit en faisant des films.

Ma grande découverte du moment est celle qu’il y a autre chose que le savoir tel qu’on le perçoit dans notre monde occidental : apprendre des informations par des livres, des enseignants, ou d’autres gens qui ont collecté et compilé d’autres informations.

Je détiens beaucoup d’informations en moi.

Je veux explorer les choses, non plus par une sorte de savoir qui passe par les livres ou un discours, mais par mon expérience directe. La confrontation de mon corps à des situations. Je suis la seule détentrice du savoir concernant ma vie, ce qui est bien pour moi, ma manière de me soigner, de choisir mon logement mon chemin de vie.

Ce dont je suis absolument convaincue aujourd’hui est que je ne rejoindrai pas un schéma qui me conditionne depuis trop longtemps : celui d’avoir un travail pour gagner de l’argent, fonder une famille et accumuler des biens matériels.

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Je veux vivre une vie en harmonie avec mon propre rythme biologique, en lien avec la nature, et avec les autres. Où chaque jour j’en apprends plus sur moi-même et les autres, et je me lève avec la joie de réaliser des choses qui me plaisent et qui ont du sens dans ce monde. A ma manière, je suis en transition, avec pour envie de retrouver une harmonie avec moi-même et tous les êtres qui peuplent la planète.

Cette découverte est magnifique et en même temps, je remarque tous les blocages qui m’empêchent encore de la réaliser pleinement : la peur du regard des autres sur mon choix de vie, la peur de l’inconnu, la peur de ne pas réussir, ou peut-être de trop bien réussir :)

à la pêche

Il y a quelques jours, je me rendais au meeting de l’Eudec (European Democratic Education Community) pour y filmer les échanges entre toutes ces personnes soucieuses d’apporter une éducation libérée de tout programme, de toute contrainte de temps, suivant simplement les envies et projets de l’enfant. Je me rends compte que nombreuses sont les personnes qui prennent ce chemin de la connaissance d’eux-même et de la prise en main de leur bonheur. Et nombreux sont celles et ceux qui souhaitent que leurs enfants puissent le vivre. Et cela m’emplit de joie !!!

Je vous invite donc à découvrir le site de l’Ecole Dynamique de Paris, et celui de l’Eudec. Et prochainement, des vidéos de porteurs de projets partout en France émergeront sur le site de l’Eudec.